En écho à Yvan Amar

JBO_copier


   La soif d'expérience nous tenaille parce que nous n'avons pas encore la conviction inébranlable de la tranquillité profonde de notre nature véritable. C'est ce manque de confiance qui nous fait aspirer à des tâches et nous porte à croire que tout ira beaucoup mieux demain, le mois prochain, au ciel, ou quand nous serons «éveillés».

    Cette approche arriviste entraîne une soi-disant vie spirituelle très restrictive, sorte de course à obstacles où il faut se séparer de plus en plus du monde. On n'a surtout aucune confiance : l'adepte tente de contrôler ses pensées, ses désirs, ses émotions, son corps, son souffle et même sa méditation.

    L'approche humble et non duelle consiste plutôt à explorer la joie, la beauté et la poésie de chaque moment et de reconnaître la nature essentiellement spacieuse de toute perception, particulièrement de tout désir. Chaque désir fait signe vers l'Incomparable. Aucune idéologie ni aucune manière de vivre particulières ne sont requises, car l'accent est mis sur ce que nous sommes plutôt que sur comment nous sommes. Cela fait une large place à l'humour, à l'art et à toute forme d'expression de la beauté. Ce que nous nommons le monde est la rumeur de la conscience et ce que nous appelons notre vie consiste à laisser éclater la joie et cesser de lui porter ombrage avec nos buts mesquins et nos stratégies arrivistes.


Autour de Jean Bouchart d'Orval : octobre 1999