Cesar et son Bazar

L'aventure nous appelle à l'aurore de chaque matin.

28 mai 2007

Une semaine avec Joseph Delteil ( Présentation : Philippe Quinta)




Joseph Delteil a écrit SON Napoléon, SON Lafayette, SA Jeanne, SON François d'assise
et j'en passe...Je ne vois pas pourquoi, moi "la bonne âme du bazar
", je ne m'autoriserai pas, sur le cafarnaum de Cesar, MON Joseph Delteil à ma sauce et ma fantaisie.

Je n'en dirai pas plus, l'image parle d'elle-même. Cet homme est un fou... Tous ces livres, vous vous rendez compte, mais à quoi cela peut-il bien servir ?


Livres

Commençons si vous le voulez bien par la fin :



LA DELTHEILLERIE

Qui étais-je donc en débarquant à Paris vers 1921 frais émoulu de mes livres et de mes prêtres? Et qu'allais-je faire à Paris? Chercher fortune comme tous les cadets de Gascogne (ou de Languedoc, qui est Gascogne et demie)? Ou, comme disent bravement quelques-uns de mes amis, faire fortune? Mais le savais-je moi-même? En vérité j'allais à Paris du pied droit, automatiquement, comme à ma patrie, comme à ma "vraie vie".
J'étais un paysan à l'état brut, sans racines spirituelles, sans véritable culture, instruit de bric et de broc (école primaire, puis séminaire). Un simple sauvage (non sans affûtiaux), venu tout nu de son patois. J'arrivais en sabots, tout chargé de messes et de raisins. Un ourson mal léché, l'innocent de village. Ourson d'aspect, cathare d'âme, paléolithique de cœur. La juvénilité, l'appétit, la fameuse " maladresse gauloise ", tel était mon lot. Avec quelques dons sans doute, si j'en crois... (et sinon, comment expliquer ce tintamarre autour de l'ourson ?).


Extrait de La Delteheillerie, Grasset (1968)



"J'aimerais que le dernier mot soit le même que le premier,
le seul
mot dont je rêve pour mon épitaphe:
"innocent".
(La Delteilherie)


Et merde... Je disais commencer par la fin et je suis déjà au début  de la gloire.
Tant pis ! Bon, pour un premier jour, je crois que  c'est déjà pas mal...

Vive Delteil, vive le fou, vive l'homme  droit ! A demain !

Philippe Quinta



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Biographie de Joseph Delteil



Biographie de Joseph Delteil

(Extrait de Robert Briatte)

1894 : Naissance de J.Delteil, à;l'orée de la forêt deVillar-enVal,le 20 Avril;
1919 : En août paraît son premier recueil de poèmes, le cœur grec, qui sera couronné par l'Académie française.
1921 : le cygne androgyne, second recueil de poèmes publié. Un troisième restera inédit :Les Roses adultères.
1922 : Delteil publie sur Le fleuve Amour, sous le parrainage de Pierre Mac Orlan;
1923 :Il rencontre Aragon, qui le présente à Breton. C'est Philippe Soupault qui publie Cholèra, reconnu comme l'un des seuls vrais romans surréalistes.
1924 :Delteil figure dans le premier Manifeste parmi ceux qui ont fait acte de "surréalisme absolu". Son nouveau roman , Les cinq sens, est sur la liste du Goncourt.
1925 : Jeanne d'Arc, épopée à scandale, remporte le prix Fémina. Entre 1925 et 1931il publie une vingtaine de livres.
1931 :Atteint de pleurésie tuberculeuse, il doit quitter Paris, accompagné de sa femme Caroline.
1937 :Il achète la Tuilerie de Massane, propriété viticole aux portes de Montpellier, environ 60.000 pieds de vigne.
1947 :retour à l'écriture au long cours avec Jesus II, écrit en neuf mois.
1960 : Publication de François D'Assise et, l'année suivante de ses fausses œuvres complètes chez Grasset, où il ne retient que six romans et biographies parmi tous ses livres.
1968 : Il publie son autobiographie, la Deltheillerie, qui remporte un beau succès critique.
1978 : Il meurt à la Tuilerie le 12 Avril.

"Jai 100.000ans, je suis né ce matin"( J.Delteil)

Robert Briatte a publié : "Delteil Inventaire" (ed de la jonque)




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29 mai 2007

Une semaine avec Joseph Delteil ( Présentation Philippe Quinta )





                Mon ami Jean-Paul Court
a recopié pour moi les aphorismes les plus truculents issus de "Alphabet":

« Il n’est pas besoin de moustaches pour escalader le ciel ».

« Le plaisir compte double quand il s’appuie sur quelque belle raison »

« Le crépuscule descend les escaliers du firmament ».

« La note du rossignol : quatre heures du matin à l’horloge des oiseaux. »

« La vérité ne passe la rampe qu’à son heure, lorsqu’elle est mûre- comme une tomate »

« Liberté et plaisir, les infaillibles jumeaux ».

« Voici monsieur le hérisson, fleuri comme un bouquet d’épine-vinette »

« L’ail et le vin sont le génie du soleil »

« La rosée, la rosée des aurores d’avril, la rosée avrillée en tenue d’épousée »

« La lumière, du vent en fleur. »

« Je n’aime pas beaucoup le pluriel, je suis singulier ».

« Il sera bien temps de nous faire des cheveux lorsque nous n’en aurons plus. »

« Un éclat de rire vaut une révolution »

« A l’origine du monde, il y a l’appétit »

« Tout homme a deux patries : la peau et puis l’esprit »

« L’homme est une flèche aux trousses d’un rêve »

"Quiconque n'aime pas oceaniquement sa mère est un monstre"

« Le cœur, c’est encore le plus haut point de vue de la terre »

« Vivre c’est faire un bouquet »

« Tous les rayons de soleil se sont endormis sur une meule de paille »

« J’écris comme on peint à Lascaux »

« Bah ! s’il faut un uniforme à la liberté, pourquoi pas à poil ! »

« J’écris par hyperbole, comme papa, et souvent du coq-à-l’âne »

« Il y a plus de baisers sur terre que d’étoiles dans le ciel »

« Sensibilité et sensualité sont les deux mamelles de l’âme »

« J’aime, voilà tout mon secret »

(Phrases et aphorismes extraits de « Alphabet »  Ed  Grasset )



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30 mai 2007

Une semaine avec Joseph Delteil (Présentation : Philippe Quinta)


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« Il est évident que si je fais un effort
pour mener une vie simple  et basée sur le bien
ce n’est pas du tout pour les beaux yeux du  public
ni pour la chose en soi,
c’est pour atteindre ici-bas

la  totalité du bonheur. »

Joseph Delteil Reportage télévisé.



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Je suis Dieu



    Il fait chaud et vaste. J'ai soif. Des vignes... des vignes... Je saute dans une vigne, je me couche sous une souche, le dos à terre. La terre est toute gluante de sèves toniques, de jus essentiels. Sa fraîcheur pectorale me pénètre dans la peau. Mon visage immergé dans les feuilles, submergé de raisins, succombe dans les délices. Les raisins sont des tétines. Allongé dans une posture suave, les mains à la couture du pantalon, les testicules sous une feuille de vignes, la bouche toute tendue au ciel, j'aspire la vie à grands coups. J'ai soif. Là, sur mes yeux, sur mes cheveux, dans mes oreilles les grappes pendent. Ce sont de lourdes grappes noires, à grains velus, des grappes muscates, ivres de sucs végétaux et d'ondes ultra-violettes. A moitié inconscient, avec un vague, un primaire mouvement des lèvres, je mange, j'avale. Les grains envahissent ma bouche. On dirait qu'ils tombent d'eux-mêmes, selon la loi de la pesanteur, dans mon estomac. Pendant des minutes et des minutes, immobile du front aux orteils, couché dans la simplicité des bêtes, sans un souffle ni un geste, je mange, j'avale. La souche gémit faiblement comme une vache qu'on trait ou comme une fille qu'on baise. Le feuillage écru joue au soleil et à l'ombre. Les grappes ruissellent sur mon visage. Pendant des minutes et des minutes, plongé dans une délectation de génie, dans une vaste joie animale semblable au néant, je mange, j'avale. Ma langue se coagule dans le vin de l'éther. Mon oesophage se bourre de grains de raisins à la queue leu leu. Mon estomac enfle sous sa cargaison. Lentement il s'établit une communication sans écluses entre l'âme de la planète et les globules de mon sang. Je suis parcelle au festin de l'immensité, je me fonds dans la matière unique, je m'incorpore à la constitution de l'univers. Je vois à l'horizon mon ventre grossir comme le mont Blanc. Les grappes noires dans les feuilles vertes tressaillent comme des pis. Pendant des minutes et des minutes, je mange, j'avale. Peu à peu une ivresse d'or me saisit. Je suis saoul. L'univers est saoul J'ai le vertige horizontal. L'horizon est une grappe de raisins. Un raisin est un éléphant. Mais l'univers est une souche . La souche grandit. Elle escalade le ciel avec quatre millions de rameaux. Je m'agite, tu t'agites, ils s'agitent. Des grives s'envolent de toutes part et tombent instantanément toutes rôties dans les plats de faïence et de porcelaine. Une mule galope dans un nuage au rythme de mon coeur. Des guêpes marquent le pas sur mon crâne, tandis que défile entre mes quatre-z-yeux un régiment de lézards rouges. Un clairon bat, un tambour sonne. Ma tête tourne entre les deux pôles.


JE SUIS saoul. JE SUIS poète. JE SUIS Dieu



Joseph Delteil
"CHOLERA" (Ed Grasset)
Pleine joie Ch XVIII





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01 juin 2007

Une semaine avec Joseph Delteil : Présentation Philippe Quinta


disque_delteil1





Jean-Paul Court, Grabellois d'origine,
fervent admirateur de Joseph  Delteil
qu'il a connu quand il avait dix ans et passeur de son oeuvre
depuis plus de vingt cinq ans écrit
dans son témoignage intitulé "en  passant par la Delteilherie" :


" La campagne de mon père jouxtant la Tuilerie de Massane,
Delteil 
était devenu tout naturellement
le voisin et ami de notre famille.
Je 
le voyais souvent deviser avec mon père
surtout pendant la période 
hivernale
car Joseph pratiquait la taille de ses vignes en 

interrogeant mon père sur les différentes façons culturales...

...Le jeudi suivant la leçon de récitations
"le dénicheur d'oiseaux" 

de Delteil, j'allais dire bonjour à Monsieur Delteil... Après un 
rapide bonjour -il était au milieu de sa vigne - je lui récitais 
fièrement mon texte selon les conseils de mon instituteur. Quel 
souvenir inoubliable ! Delteil se redresse brusquement,

son visage  est lumineux,

sa voix d'une extrême douceur :

"Monsieur Don Juan, me  dit-il,
vous me faites vraiment plaisir, transmettez toute mon amitié 
à votre instituteur dévoué... "


Jean-Paul Court connait un très grand nombre de textes Delteiliens 
qu'il offre à qui veut les entendre.
Il vient récemment de créer un 
diaporama,
chanté et commenté

qui est une entrée excellente dans l'oeuvre du poète.

***

Le dénicheur d'oiseaux :

  "La pie niche à la fine pointe du peuplier d'italie, le plus gracile 
des arbres et le plus élégant, mais l'un des plus inaccessibles.
Tout 
là-haut, bercé par la moindre brise,
un entrelacs de branchettes 
supporte une conque de crin.
Longtemps, brindille à brindille mâle
et 
femelle échaffaudent leur chef d'oeuvre.
Puis elle y pond des œufs
étonnants aigue marine,
tout piqués d'or. Qu'elle couve ailes et queue.

A l'affût dans le taillis, les garnements du village surveillent 
l'opération. L'oeil au vent car rien de plus malin que dame pie en 
ces circonstances-là. Un beau matin les petits sont éclos, à preuve: 
leur fiente qui balafre l'arbre. La maman tout le jour leur porte 
vers à tirelarigot. Attention, cela croît comme un champignon, il 
suffit d'une chaude soirée pour que tout s'envole au ciel. Mais les 
gamins sont un peu là. Ils tiennent conciliabule, supputant l'aile 
des oisillons. C'est si haut dans l'azur, un nid de pie, pour des 
yeux de dix ou douze ans ! Enfin l'heure est venue,
le plus brave se 
décide,

c'est Juan..."

***


Si vous voulez aller plus loin,
jusqu'au sommet de l'arbre et revenir 

"avec un fourmillement de vie dans l'âme"
lisez donc Saint Don Juan 
de Delteil.
Je me souviens avoir pleuré en lisant ce livre.


Philippe Quinta

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Joseph delteil et Jean-Paul Court




     Il est tombé du ciel un jour de printemps et s'est posé dans "une vieille métairie à lavandes et à kermès" tout près de la vieille campagne de mes parents. C'est donc au milieu de ses vignes que je l'ai rencontré, qu'il m'a souri sans trop parler... Quelle chance mes amis! Rencontrer un Joseph Delteil, un "innocent".

 

...je disais "innocent" mais aussi un peu fou-fou de bon sens, fou d'écriture et fou d'amour évidemment.

Donc je l'ai rencontré et son regard m'a inondé... J'avais dix ans quand il m'est apparu pour la première fois et j'ai toujours dix ans quand je le dis, le chante, le lit... "J'ai cent mille ans et je renais chaque matin"proclame-t-il dans sa Deltheillerie. Vous l'avez compris... j'aime Delteil, mon ami, mon alter ego, mon double, mon compagnon de nature, mon maître! pendant quarante nous avons respiré le même air, humé les mêmes odeurs, bu à la même source!... Que d'amis (de vrais) grâce à lui j'ai découverts...

                        "Le charme de vivre, c'est l'Amitié" (J D)

 


Jean-Paul COURT
04 67 75 10 94

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02 juin 2007

Une semaine avec Joseph Delteil : Présentation Philippe Quinta



Notre semaine avec Delteil  se termine Hélas.
Le Dimanche ne compte  pas dans le bazar.
Le jour du Seigneur sans doute
et du repos bien  mérité pour notre jardinier préféré....
Alors voilà...
Delteil nous offre un livre de cuisine hors du commun.
Quelques mots de lui pour l'introduction et une recette.
J'ignore  encore laquelle. Vous verrez bien !


Vivre de peu

La civilisation moderne voilà l'ennemi !
C'est l'ère de la  caricature, le triomphe de l'artifice.
Une tentative pour remplacer  l'homme en chair et en os par l'homme robot.
Tout est falsifié, pollué, truqué, toute la nature dénaturée....

Et maintenant voici le conseil de Dieu:
Je choisis mon pain entre 
cent, à des lieues,
et je foule mon vin moi-même, de mes propres pieds.


A la SOURCE, à la source !
Fais venir ton boeuf de la préhistoire, 
tes oies du ciel, tue-toi ton porc, c'est le fondement ! ...

Lundi - dîner : Tomates à la Lucie

A la Lucie:
Prendre des tomates bien rondes,
les peler, et les mettre  à la cocotte, sur feu modéré.
Laisser cuire à demi, mais ni plus ni moins, là est l'art:
il faut  que le coeur de la tomate soit encore cru,
dans sa peau toute  roussie.
Les joues en feu et le coeur frais.
A la fin,une bonne persillade à l'ail.
Servez, et versez tout le jus par- dessus.

Ça me rappelle Shéhérazade.

Joseph Delteil "La cuisine paléolithique "



Et cette injonction proprement Delteilienne,

que j'ai faite mienne...

Et lève-toi tôt


Philippe Quinta



Paleo_delteil


"La cuisine paléolithique"

Joseph Delteil
ARLEA


***

Sur le Blog d'une historienne de l'alimentation
le gardien du bazar vous recommande vivement :


"Le lapin à la paléolithique"




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